Archives |
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| Écrit par Pompei | ||||||
| 28-03-2007 | ||||||
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Les archives permettent souvent de retracer l’historique d’un événement passé. Mais l’absence de certains documents rend parfois cet historique incomplet. Une part de mystère s’impose alors au chercheur et au lecteur, sans pour autant enlever de l’intérêt à « l’objet » découvert. Voici deux exemples.
Un huissier au Crès, dans l’Hérault.
En ce premier jour du mois de juin 1849, un inconnu de noir vêtu, arrive au Crès. Tout le long de son ascension de la Grand-rue, on le regarde d’un œil inquisiteur. Qui est-il ? Que veut-il ? Où va-t-il ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans la profession même du quidam, dont le bas du pantalon blanchit de poussière au fur et à mesure de sa progression. Il est huissier. Ce qu’il veut, s’est remettre une assignation à comparaître devant le Président du Tribunal Civil des référés de Montpellier. La troisième question pudique « où va-t-il ? » , se transforme maintenant en une curiosité tintée d’inquiétude, « chez qui va-t-il ? ». Incroyable mais vrai il vient de frapper à la porte de Monsieur l’instituteur. Incroyable ? Pas tant que ça. Depuis quelques temps déjà on sait ici que le torchon brûle entre Jacques D…... l’instituteur et Monsieur Etienne E…. Maire de Castelnau et donc du hameau du Crès. Le différend doit être de taille, le premier magistrat n’a-t-il pas obtenu la révocation de l’enseignant ? Quel est ou quels sont les motifs motivant une telle sanction, ici les archives sont muettes. La convocation de l’instituteur devant le tribunal des référés fait suite à son refus depuis le 16 mai, date à laquelle sa révocation lui a été signifiée et injonction lui a été faite de quitter, logement de fonction et local à usage d’école. Mais Monsieur l’enseignant ne l’entend pas de cette oreille. « J’y suis, j’y reste ». Le problème c’est qu’en plus de mettre élèves et parents dans une situation ambiguë, il empêche son remplaçant Denis B….. venant de Montarnaud, arrivé dans le hameau depuis dix jours, de lui succéder dans d’honorables conditions. L’entêté sieur Jacques D….. s’inclinera lorsque le 13 juin, le tribunal menace de le condamner à une peine et une lourde amende s’il « ne fait pas vidange des lieux et restitution immédiate des clefs ». L’affaire est classée, mais le mystère demeure. Si les aboutissants sont là, les tenants de l’affaire eux nous demeurent inconnus.
Enquête de moralité.
Nous venons d’apprendre dans quelles conditions, assez particulières, Monsieur Denis B….. instituteur de son état prit ses fonctions chez nous. En ces temps et depuis des lustres, c’est l’Eglise qui en France tient les rennes de l’enseignement primaire, le seul existant au Crès à l’époque. Ce qui fait de notre maître un « instituteur libre ». Pour mémoire, rappelons que la loi Guizot de 1833 avait confirmé la légalité des écoles privées mais faisait obligation aux communes de plus de cinq cent habitants de se doter d’une école primaire publique de garçons. Pour les filles il faut attendre la loi Falloux de 1850. Installé au Crès depuis trois ans, notre instituteur Denis B……doit s’être inscrit dans le paysage local si on tient compte du silence des archives à son égard. Et pourtant une fois encore ces mêmes archives nous offrent un de ces mystères dont elles semblent friandes. Voilà qu’un document daté du 16 mars 1852 nous apprend que « le sieur Denis B……instituteur libre du hameau du Crès demande son inscription sur la liste d’admission aux fonctions d’instituteur communal ». Quelles sont les raisons qui conduisent ce cher maître à solliciter un changement de statut ? Découverte d’horizons nouveaux ? Absence d’affinité avec l’école libre ? Possibilités de promotion sociale et financière offerte par la fonction publique ? Mystère et boule de gomme. La lecture du document qui accompagne le précédent est, lui par contre, d’une saveur certaine. Imaginons aujourd’hui un tel courrier, dont voici l’intégralité. « Le conseil académique ayant à statuer sur la demande du sieur Denis B……je viens vous prier Monsieur le Curé - et oui - de bien vouloir me prêter votre concours pour éclairer notre assemblée en me faisant connaître votre opinion sur la tenue du sieur Denis B……, la nature de ses relations, la considération dont il jouit, son zèle à remplir les devoirs de sa profession et les résultats de son enseignement. Veuillez enfin me dire si vous estimez qu’il y eut convenance à lui confier la direction d’une école publique. » Signé : Monsieur l’Inspecteur d’Académie. Quelle furent les réponses fournies par Monsieur le Curé ? Quelle décision prendra l’Académie ? En un mot l’avenir de Denis B……fut-il conforme à ses vœux ? A ce jour, nul ne le sait.
Moralité : « A l’école du savoir, justement on n’est pas obligé de tout savoir. »
Pompéi, le 26 mars 2007. Commenter
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