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28 mar 2007

"Guerre et Paix" en Languedoc

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Écrit par Pompei   
28-03-2007

guerreetpaix1.jpgVoici le récit d’un événement marquant de l’histoire du Languedoc au moyen âge. Les faits retracés ici firent, que la modeste église d’un village, perdu dans la garrigue,  allait suite à un conflit entre seigneurs locaux, devenir le décor d’un épilogue heureux, celui de la signature d’un traité de paix.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 guerreetpaix1.jpg

 

Au XIème siècle, «par une pernicieuse et très profane coutume, issue d'un pouvoir usurpé, qui n'avait d'autre application que celle de leurs intérêts », les comtes de Mauguio avaient fait main basse sur l'Eglise de Maguelone et ses prérogatives.

 

En 1085, Pierre comte de Mauguio décide de renoncer à ces privilèges, qui allaient jusqu’à intervenir dans le choix de l’occupant du siège épiscopal. Pour les dommages divers et moraux causés précédemment, Pierre se place sous la protection du pape et s’engage à verser annuellement à l’Eglise, une once d’or à titre de réparation.   Si lui-même ou l’un de ses héritiers venait à ne plus respecter ces dispositions, «qu’il paye l’amande que la Sainte loi romaine, promulguée par Théodore, Arcade et Honorius, a ordonné et que par-dessus tout cela il sente la discipline ecclésiastique qu’il encourt comme sacrilège et destructeur de la Sainte Église. » Le document, signé par Pierre, comte de Mauguio, Adalmadis son épouse et Raimond leur fils, est remis à Pierre évêque d’Albi légat du pape et à Godefroy évêque de Maguelone. (2)

 

Trois ans plus tard, le pape Urbain II, informé des décisions prises par Pierre de Mauguio, écrit à Godefroy « son contentement ».Il est vrai qu'en ces lendemains d'occupations « Goths» et « sarrasine» qui firent perdre beaucoup de biens terrestres à l’Eglise, une  telle nouvelle ne pouvait que réjouir un pontife qui en la circonstance rappelle son évêque à « moins de négligence » dans la gestion des affaires locales. Il ajoute que, désormais la mémoire du comte Pierre « sera à jamais comme un parfum de bonne odeur, touché qu’il est par la crainte de Dieu et poussé d’une sainte componction ».(3)

 

Les relations entre Mauguio et l'Eglise étant au beau fixe, c'est de Montpellier que viennent les nuages. Les intérêts du comte subissent des outrages et des usurpations de privilèges se produisent. Ces actions malveillantes sont à mettre à l'actif des gens de Guillaume seigneur de la dite ville. L'union faisant la force et un mariage la consolidant tout rentrera dans l’ordre suite à l'union entre Guillaume et Ermesende, fille du Comte de Mauguio.

 

(2) Pour les noms propres, nous avons conservé l'orthographe utilisée dans les textes originaux.

(3) Pierre eut deux fils et deux filles : Raimond qui lui succédera, Pons qui devint abbé de Cluny, Adèle et Ermesende.

 

Raimond II est excommunié en 1099 pour non-respect des directives testamentaires laissées par son père. La situation fut reconsidérée dès lors qu’il se rendit en pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, puis à Jérusalem.  Le retour d'une telle expédition n'étant pas garanti, avant son départ il lègue tous ses biens à l’évêché de Maguelone.

 

En 1118, Raimond et son frère Pons, abbé de Cluny, reçoivent à Mauguio le pape Gelasse II. Très fatigué, le pontife se rend à Cluny pour se refaire une santé. C'est là, que du « repos temporel » il passe « au triomphe de l'éternité ». Guy, archevêque de Vienne lui succède sous le nom de Calixte II. Avant de se rendre à Rome, le nouveau successeur de saint Pierre passe par Montpellier et Mauguio où il reçoit « honneurs et hommages de tous ».

 

Le 14 janvier 1120, Guillaume de Montpellier et Raimond de Mauguio, par mariage interposé unissent à nouveau leurs illustres maisons. Dans la corbeille, Guillaume dépose 7000 sols melgoriens et Raimond, par acte notarié, fait de son épouse, Guillelme de Montpellier, l’héritière de la quasi-totalité de ses biens. En cas décès et en l’absence d’héritier, chaque dot retourne à la famille du défunt.

 

 

Histoire d’un conflit et de son heureux dénouement.

 

Tout irait bien dans le meilleur des mondes s'il n'y avait, comme dans toute communauté, un vilain petit canard de service. Ici, l'auguste personnage est melgorien, de ce fait sujet du comte Raimond et se nomme Bernard Gaudalmar. Voici le récit de « ses exploits », qui conduisirent notre douce région au bord d'une guerre fratricide.

 

Bernard Gaudalmar avait déclenché les hostilités entre Mauguio et Montpellier au sujet d’une écluse sise en bordure du Lez. Guillaume de Montpellier en informe le comte Raimond qui l'ayant remercié l'assura que personne des siens ne le choquerait plus sur ce point. Néanmoins la passion et les artifices de Gaudalmar et de son parti avaient prévalu. Le comte s’étant piqué avec Guillaume, Mauguio avait attaqué Montpellier. Gaudalmar était sorti de Mauguio avec des gens du comte et «avait fait une insulte à Montpellier». Au cours de cette descente, ils avaient tue des mulets et des chevaux et «causé grande confusion parmi la population». Les plus braves et les plus courageux de Montpellier s’étant mis à repousser les agresseurs, avaient en chemin rencontré le comte qui leur avait dit de s’en retourner chez eux leur ayant donné sa parole qu’il leur ferait rendre justice pour les pertes subies. Mais cela n’avait été qu’une ruse. En effet, les melgoriens se ruent une seconde fois sur Montpellier. Granges, vignes et olivettes aux entrées de la ville furent saccagées. Bernard Gaudalmar et ses complices refusent toutes les voies amiables proposées par Guillaume de Montpellier. Mieux, lorsqu’ils croissent des montpelliérains, ils les menacent de leur couper la tête. Face à tant d’excès Guillaume jusque là patient entra dans une colère plus que justifiée et attaquant à son tour ceux de Mauguio, fit avec les siens plusieurs blessés dans les rangs adverses. Le lendemain la vengeance se renouvela, chacun voulant avoir le dernier mot.

 

Souvenons-nous que le devoir d’un bon prélat consiste à user de son « charisme » pour calmer les ardeurs guerrières et peu évangéliques de ses ouailles. Aussi, Galtier évêque de Maguelone, doté d’un grand bon sens,  fort charitable et politique, se rendit l'arbitre de leur différent. Il proposa que les torts fussent réciproquement partagés et ce de façon équitable.

 

Guillaume de Montpellier :

s'engage à ne plus détourner l'eau du moulin de Bernard Gaudalmar,

il lui restitue, après remise en état, la Verchière et l'Oseraie,

il lui rend les cautions, qu’il avait injustement et par violence, extorquées,

il se soumet à tout ce que l’évêque ordonnerait selon sa probité.

 

Raimond de Mauguio :

libérera les Montpelliérains et leurs montures faits prisonniers,

rendra les denrées et divers volés dans les granges,

dédommagera les victimes « civiles »,

lui aussi se soumet à tout ce que l’évêque ordonnerait selon sa probité.

 

Pour ce qui est des combats et leurs assauts réciproques, que les deux seigneurs locaux s’étaient fait avec leurs petites armées, surtout un dimanche, le dédommagement en serait fait équitablement et dans l’honneur. Pour les vignes arrachées et détruites, on en bailleraient des semblables jusqu’à ce qu’elles soient remises en état et rendues à leur première valeur. Les pertes subies pour les moissons ravagées et les arbres fruitiers coupés seraient également compensées. 

 
Le Comte prétendit que Guillaume de Montpellier avait le premier employé les armes et usé de violence. Guillaume au contraire soutenait qu’il n’avait fait que se défendre et repousser « la force par la force ». Pour régler ce détail de procédure, on fait appel au témoignage des « plus braves cavaliers » de deux camps. Deux des témoins produits par Guillaume, jurèrent que les soldats de l’armée du Comte avaient attaqué les premiers et fait insulte à l’armée de Guillaume. Guillaume jurera par gentilshommes interposés  qu’il n’a point commandé l’assaut du bourg et du château de Mauguio.

 

 

Le Crès, un petit village en garrigue, entre en scène.

 

 

guerreetpaix2.jpg

 

 

En l’an 1125, le 9 mai précisément,  il y eut de nouvel accord entre Raimond et Guillaume. L’acte dit : «que ce fut pour finir une guerre qui se faisait et à l’occasion de laquelle presque tout ce pays s’allait détruisant». A la prière de Galtier, évêque de Maguelone, le pape avait désigné les arbitres. Lui, Galtier, accompagné de Pierre archevêque de Vienne, d’Hildegaire archevêque de Taragone, d’Hugo évêque de Grenoble et d’Archald évêque de Carpentras. Il ne restait plus maintenant qu’à réunir les arbitres et les protagonistes, désormais assagis, pour avaliser «la volonté pacificatrice de tous».

 

Le choix du Crès et de son église Saint Martin comme lieu pour de « fraternelles retrouvailles » semble issu du fait que cette dernière  appartenait à l’évêque de Maguelone, l’arbitre principal, et d’autre part que, se situant environ à mi-chemin de Montpellier et de Mauguio, elle permettait à nos deux seigneurs de faire chacun la moitié du trajet. Comme quoi, tous les chemins, surtout ceux pavés de bonne volonté, conduisent parfois en garrigue dans des petits villages comme celui du Crès dans l’Hérault.

 

Pompéi, le 27 mars 2007.



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